[Lors de la clôture du 850e anniversaire de la ville de Fribourg (Suisse), un de nos auteurs a eu le privilège de prononcer un discours, du fait de son engagement dans la création de la fête médiévale.]
Liebe Freiburgerinnen und liebe Freiburger, bitte gedulden Sie sich noch kurz, bis die transzendentale Verbindung zur Kathedrale steht… Wir werden in direkten Kontakt zu Sankt Nikolaus treten. Es klappt. Man gibt mir ein Zeichen, dass Sankt Nikolaus uns hört.
Cher Saint Nicolas, rappelle-toi le facétieux spectacle que les comédiens et comédiennes du Théâtre de la Cité ont joué pendant la Fête Médiévale, en l’honneur de ta ville. Il s’intitulait Chroniques anachroniques et délirantes des hommes illustres et de leurs femmes injustement inconnues qui ont fait – ou pas – nostre belle cité de Frybourg en Nuithonie. On y a appris comment a été fondée Fribourg, grâce à un Robin des Bois fraîchement débarqué d’Angleterre et complètement dislesquique, un Erasmus de Rotterdam incapable de parler allemand – parce qu’on n’avait pas encore inventé le bilinguisme à l’époque ! On y a aussi vu un Guillaume Tell…ey amorphe, hypnotisé par les vapeurs de cannabis et Berthold IV duc de Zaeringhen saoûlé à la bière du 850e. Ce sont ces hommes qui ont survécu dans l’Histoire, mais ce sont leurs épouses qui ont fait tout le boulot pour faire de Fribourg ce qu’elle est aujourd’hui. On l’aura compris : les femmes n’ont pas attendu la parité pour porter la culotte ! Dans ce spectacle, on a aussi a appris que cela fait 850 ans que les automates des TPF ne rendent pas la monnaie, et que ça risque de durer encore longtemps ! Par contre, cher Saint Nicolas, je te prie d’excuser les comédiennes et comédiens du Théâtre de la Cité. Ils ont commis l’impensable en te représentant sous les traits… d’une femme ! Elle a pourtant imité parfaitement ta voix, mais nous savons bien que tu as un petit côté vieux-jeu, avec ton discours de morale annuel. Pardonne-moi aussi cette causerie informelle de balcon à balcon, j’espère que tu ne me tiendras pas rigueur de cet oubli du protocole.
Alors, Saint Nicolas, es-tu content de cette fête ? Heureux de voir les Fribourgeois et les Fribourgeoises enfin fiers de leur petite ville ? Figure-toi qu’on m’a demandé de «représenter les jeunes et parler de l’avenir.» Tout un programme ! Alors crois-tu, Saint Nicolas, que les jeunes d’aujourd’hui – qui sont les vieux de demain – auront de quoi être fiers de leur cité, dans 50 ans ? Ça ne tient qu’à eux, n’est-ce pas ? Fêteront-ils la clôture du 900e ici-même, ou sur le pont de la Poya, ou dans le futur théâtre de Fribourg, ou sur les ruines de quelque bâtiment médiéval, ou encore à Kuala Lumpur, délocalisation oblige ? Tout dépend de leurs choix. Qui, parmi nous, vivra encore ici ? Qui viendra d’ailleurs ? Je n’en ai aucune idée. Il est bien difficile de parler de l’avenir, quand on est pas futurologue. J’ose espérer, au mieux, qu’on aura remis quelques pavés, ici ou là, qu’on n’aura pas trop détruit et un peu construit ! J’espère surtout qu’on n’aura pas besoin de tes pères fouettards et qu’une majorité restera suffisamment sage pour préserver la douceur de vivre qui règne ici ; et qu’une minorité sera assez trublionne pour entretenir le dynamisme de Fribourg, dynamisme culturel notamment. Saint Nicolas, à vrai dire nous ne manquons de rien, mais on peut toujours faire mieux !
Et si Fribourg cessait d’être entre Lausanne et Berne, entre “partager une chaîne de télé” et “subir la politique fédérale” ? Quelques petits rats noirs et blancs s’activent dans les coulisses du palais pour chatouiller les éléphants, et ça marche ! L’éléphant s’est fait ratatiner. Voilà qui devrait remotiver plus d’un jeune déçu par la vie civique. Au-delà de la politique, c’est encore une fois le dialogue qui prime et permet de faire changer le cours des choses. Alors quoi ? «Fribourg capitale de l’amour» pour 2057 ? Pourquoi pas. Parlez-en à Gustav, cher Saint Nicolas. Et n’oublie pas, grand patron, d’amener dans ta hotte suffisamment de biscômes ; n’oublie pas ceux qui ne sont pas nés ici, mais qui vivent ici, et participent pour une très grande part à tout ce qui fait les beautés de ta ville ; qu’ils soient gruyériens AOC, étudiantes valaisannes, plombiers polonais, mère au foyer africaine ou qui que ce soit d’autre.
Il me reste à parler des jeunes. Mais y a-t-il un type de jeune fribourgeois/fribourgeoise standard, qui aurait des rêves partagés par tous ? J’en doute fort. Il est bien difficile de nous résumer comme ça. Certains rêvent d’être PDG, d’autres de faire du VTT. Nous préparons tous nos CV en rêvant d’un job adapté, avant d’être trop souvent… remerciés. Certains veulent s’engager, se pacser, ou préfèrent la liberté. Il y a ceux qui veulent des bébés. Et celles qui veulent du blé. Et inversement. Nous n’avons pas été photocopiés, nous n’avons pas de «cases à cocher.» Les jeunes ne seront jamais formatés, mais guidés, par des «moins jeunes» éclairés, sans excès et avec générosité. Il y aura des essais, on va trébucher, puis parvenir au succès. Parfois à l’arrachée. Et pourtant je ne peux douter, malgré ton discours vieux-jeu prononcé chaque année, que nous réussirons toutes et tous, à avancer.
Danke schön Sankt Nikolaus.
Dank auch Ihnen allen, die Sie seine geliebten Herzenskinder sind, liebe Freiburgerinnen und liebe Freiburger, verbringen Sie schöne Festtage und bereiten Sie sich gut auf das Neunhundertjahr-Jubiläum vor : Alles kommt jetzt darauf an, was Sie daraus machen !
Passez de très belles fêtes de fin d’année et préparez-vous bien pour le 900e qui promet d’être… ce que vous en ferez !
[Traduction de l’allemand par le comité d’organisation du 850e.]